Les jeunes filles bien

5 septembre 2006

La jeune fille marche, déambule. Elle traverse une rue, fabule. « Je n’en veux plus, se dit-elle, je n’en veux plus de cette vie. » Une auto passe, la klaxonne. « Vas te faire foutre! » lui hurle-t-elle.

Les rues sont toutes pareilles. Bordées d’érables, les maisons cossues s’entassent. Les unes après les autres, comme si elles faisaient la file. Elles attendent. Quoi? Bonne question.

Eux, ils sont tous là, tondeuse ou laisse à la main, convaincus que c’est bien de ne penser à rien.

Une petite famille, un garage double. Elle entend hurler à l’aide. « Tant pis, ça ne me concerne pas. Ça vient sûrement de l’autre côté. »

Il y a une rue, dans ce quartier, qui sépare, comme au couteau, le nord du sud, l’argent des pauvres gens, ceux qui se tapent sur la gueule de ceux qui s’engueulent.

De son côté, il y a une dame qui promène son chien chaque matin et un avocat qui change de femme chaque mois. « Quelle différence? Elles sont toutes pareilles. » Des enfants, il n’en voulait pas. Et c’est ainsi qu’elle et sa soeur sont nées. Elles sont chanceuses, école privée, souliers cirés.  

Mais les jeunes filles bien, après l’école, enlèvent leur uniforme et enfilent mini-jupe et talons hauts pour se défoncer la gueule en troupeau. Soirées arrosées, moeurs dissolues… et hop! retour vers le polo, la queue de cheval et le sac à dos.

Un jour, elles en ont marre. Papa a déserté la maison ; des spiritueux plein les armoires. Le troupeau se reforme, jolies demoiselles et sportifs en mal de sensations fortes. Pseudo-intellos et artistes incompris.

L’une se jette dans la rivière.

L’autre, du deuxième étage.

Ouch, ça fait mal. 

 

Où est Papa? Réveille-toi Papa. Papa?

Il ne se réveillera pas. Il a été anesthésié. Par la société.

Laisser un commentaire