Le jour se lève, tranquillement sur des rideaux fermés. Il s’étire lentement, caresse les nuages, réveille le soleil. « C’est l’heure! »
– Non. Pas encore. Je veux dormir.
Alors, le jour se lève, seul. Le ciel est bleu, azuré, marbré de blanc. Du nougat dans du chocolat bleu. Mais il n’y a pas de soleil. Les gens se réveillent, contents de la belle journée qui les attend. Puis, ils tondent le gazon, brossent le chien, comme si de rien n’était.
Lui, il se lève tard. Cheveux noirs, coiffés sur le côté, dernière mode. Il sort, se demandant ce qui manque. « Bah. Je ne sais pas. » Il met ses écouteurs. Il n’entend plus rien. De la musique qui rend épileptique. Celle que les gens écoutent pour oublier, pilule dans une main, verre dans l’autre, que la vie est une salope. Celle qui rassemble, par milliers, les jeunes colorés qui vont suer tous ensembles sous les lumières agressantes des stroboscopes. Il fonce dans une jeune dame. Il la trouve jolie. Elle lisait en marchant. « Quelle lunatique! »
Au même moment, son téléphone sonne. Trois heures plus tard. Une poubelle remplie de capotes. Les oreilles qui bourdonnent à cause de son babillage incohérent. « Je dois y aller. »
En ressortant, il recroise la jeune demoiselle. Sa jupe est courte, son décolleté, plongeant et ses souliers, vertigineux. Puis il cligne des yeux. Non, elle porte un jeans, une camisole et des souliers plats. Cette fois, elle l’évite à temps. Lui, il l’oublie aussitôt. Soudain, il réalise : « Où est le soleil? » Alors, il s’exclame : « Wow! On n’a même pas besoin du soleil pour avoir de la lumière. Génial! »
Plus tard, il rentre chez lui, se regarde dans le miroir. « J’en ai marre. » Une lame de rasoir. Du sang. Des cicatrices. Sa fenêtre était grande ouverte. Elle est dans le parc près de chez lui. « Elle est belle » se dit-il. Leurs regards se croisent, pendant un instant, le temps s’arrête. Puis, son téléphone sonne, encore. « Mais qu’est-ce que tu veux? »
– Toi. Et toi, qu’est-ce que tu veux?
– Je ne veux rien. Je suis perdu.
La jeune fille détourne le regard, comme honteuse d’avoir surpris cet instant de vulnérabilité.
Elle replonge dans son livre.
Il rejoint l’autre.
Et c’est fini.